Projets en cours

Dans les yeux du lectorat : lisibilité et impacts cognitifs de l’écriture inclusive

Subvention : CRSH Développement Savoir (2026-2028)

Chercheuse principale : Kristin Reinke (Université Laval)

Cochercheur : François Vachon (Université Laval)

Collaborateurs : Sophie Piron (UQAM), Nadine Vincent (Université de Sherbrooke)

Résumé

L’écriture inclusive (ÉI), qui cherche à refléter l’équité des genres dans la langue, suscite des débats polarisés au sein de la francophonie. Si certaines pratiques, comme la féminisation des noms de métiers, sont bien acceptées, d’autres, notamment les doublets abrégés, divisent l’opinion, en particulier en raison de leurs effets présumés sur la lisibilité des textes. Or, les données empiriques portant sur le traitement cognitif des différentes pratiques demeurent rares, fragmentaires et reposent souvent sur des dispositifs expérimentaux simplifiés et des échantillons non représentatifs. Ce projet vise à combler ces lacunes en mobilisant des outils expérimentaux avancés, dont l’oculo- et la pupillométrie, et en les articulant autour d’une perspective sociolinguistique afin de mieux comprendre les effets cognitifs et sociaux des pratiques d’ÉI.

L’objectif général est d’examiner les effets de certaines stratégies d’ÉI sur le traitement de l’information en lecture dans un contexte québécois, en ciblant des populations sous-représentées dans les études antérieures. Plus précisément, il poursuit trois objectifs spécifiques : (1) déterminer l’existence et l’ampleur, le cas échéant, d’un coût cognitif lié à diverses stratégies d’ÉI; (2) analyser si ce coût cognitif varie selon le type de texte; (3) examiner dans quelle mesure les effets observés varient en fonction des caractéristiques individuelles des personnes participantes (p. ex. âge, genre, niveau de scolarité, attitudes envers l’ÉI).

La méthodologie repose sur un devis expérimental combinant oculo- et pupillométrie, questions de compréhension et questionnaire sociodémographique. Dix-huit textes authentiques relevant de deux types de texte (narratifs et administratifs) seront transformés selon trois stratégies d’ÉI (masculin générique, doublets abrégés et doublets complets) et lus d’abord par 9 personnes participantes dans une étude pilote. Cette dernière permettra de déterminer la taille optimale de l’échantillon pour l’étude principale (nombre de textes et de personnes participantes) et d’ajuster le dispositif expérimental. La collecte de données sera réalisée auprès d’un échantillon diversifié de personnes résidant à Québec. Les analyses porteront sur des indicateurs oculo- et pupillométriques du traitement en lecture et tiendront compte de la variabilité intra- et interindividuelle et intra- et intertexte.

Ce projet se distingue par son approche intégrée et interdisciplinaire, combinant technologie avancée, sciences cognitives et perspective sociolinguistique. Il permet d’analyser le traitement de l’information selon des paramètres sociaux et contextuels, ouvrant ainsi la voie à des méthodologies inédites pour étudier empiriquement les effets cognitifs de pratiques langagières socialement débattues, sans présupposé normatif. En intégrant deux types de texte, trois stratégies d’ÉI et plusieurs profils sociodémographiques, il vise à identifier les stratégies les plus accessibles à un public diversifié et à valider un cadre méthodologique robuste. Cette étude jette les bases d’une recherche plus vaste portant sur d’autres types de texte, stratégies d’ÉI et populations spécifiques, incluant un volet longitudinal et des groupes vulnérables. Elle contribue à une meilleure compréhension des enjeux cognitifs, linguistiques et sociaux associés à l’ÉI: elle pourrait transformer l’évaluation et la mise en œuvre de l’ÉI, en alliant considérations cognitives et sociales pour favoriser une inclusion linguistique équitable.

Identification d’indicateurs de l’engagement dans la tâche pour rendre compte de l’apprentissage de la langue de la majorité par des personnes immigrantes adultes peu scolarisées ou peu alphabétisées

Subvention : Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, Programme Savoir : Subventions de développement Savoir (2020-2022)

Chercheuse principale : Véronique Fortier (UQAM)

Co-chercheuse : Suzie Beaulieu (ULaval)

Résumé :

Depuis une vingtaine d’années, un nombre grandissant de réfugiés, dont plusieurs peu scolarisés ou peu alphabétisés, a fait son entrée dans les centres de formation linguistique au Québec. Si ces apprenants montrent souvent des compétences orales avancées dans deux, voire trois langues apprises en contexte extrascolaire avant leur arrivée au Canada, leur apprentissage de la langue de la majorité en classe de langue, souvent difficile, reste très peu documenté.

Ainsi, l’objectif général de notre étude est de rendre compte de l’apprentissage du français en contexte scolaire, au Québec, de ces personnes immigrantes peu scolarisées ou peu alphabétisées. Le cadre d’analyse adopté pour atteindre cet objectif est celui de l’engagement dans la tâche, défini comme un état d’attention et d’implication soutenu, dans lequel la participation de l’apprenant comporte des dimensions cognitive, sociale, comportementale et affective. À ce jour, la liste d’indicateurs observables de l’engagement dans la tâche est relativement restreinte et peu adaptée pour rendre compte de l’engagement dans diverses tâches d’apprentissage proposées en classe de langue, ou pour rendre compte de l’engagement d’une population dont les habiletés orales sont limitées. C’est pourquoi la finalité de notre projet est de produire une liste d’indicateurs verbaux et non verbaux de l’engagement, et du désengagement, dans la tâche tels qu’observés dans une variété de tâches courantes d’apprentissage.  Afin de rendre la liste d’indicateurs facilement utilisable par les enseignants, nous organiserons la liste d’indicateurs selon la compétence langagière visée (p.ex., compréhension orale) et la modalité de réalisation (p.ex., en dyades).

Cette recherche s’appuie sur une démarche méthodologique unique qui offre pour principal avantage de créer des liens réels entre la théorie et la pratique. La liste d’indicateurs de l’engagement dans la tâche produite pourra être utile tant aux chercheurs qu’aux enseignants qui piétinent à l’heure actuelle à rendre compte de la réalité d’apprentissage des personnes immigrantes peu scolarisées ou peu alphabétisées.

Soutenir l'engagement des personnes adultes immigrantes peu scolarisées ou peu alphabétisées dans le développement de compétences en littératie au moyen d'un projet de bibliothèque vivante

Subvention : FRQ-SC- Programme de recherche en littératie (2021-2025)

Chercheuse principale : Catherine Maynard (ULaval) 

Co-chercheuse : Suzie Beaulieu (ULaval)

Autres cochercheuses : Véronique Fortier (UQAM), Valérie Amireault (UQAM), Françoise Armand (UdeM) et Lilyane Rachédi (UQAM).

Résumé :

S’inscrivant dans une perspective d’apprentissage tout au long de la vie, cette recherche-action se penche sur une population d’apprenant.es dont les besoins en littératie sont prégnants : les personnes immigrantes peu scolarisées ou peu alphabétisées (PIPSPA). Cette population aux caractéristiques particulières fait l’objet d’une préoccupation et d’une attention grandissantes des autorités gouvernementales (Amireault et al., 2020; Fortier et al., 2020) et des chercheur.es québécois.es (Beaulieu et al., 2019).

Plus précisément, la présente étude est guidée par la question suivante : comment favoriser le plaisir de lire et d’écrire des PIPSPA pour développer leurs compétences en littératie ? Mené par une équipe formée de chercheures de différents domaines (didactique du français langue seconde, travail social) et d’expertes des milieux de pratique, ce projet souhaite contribuer à la réflexion sur les pratiques d’enseignement soutenant le développement des compétences en littératie des PIPSPA, et ce, en suscitant leur engagement et le développement d’un rapport à l’écrit favorable aux apprentissages, deux concepts permettant de prendre la mesure du plaisir de lire et d’écrire. À partir de l’hypothèse selon laquelle un projet de bibliothèque vivante (BV) serait un moyen prometteur de stimuler ce plaisir chez les PIPSPA, cette recherche-action a pour objectif de concevoir et de mettre en œuvre un tel projet afin de documenter, tout au long de celui-ci, l’engagement et le rapport à l’écrit des apprenant.es.

Ce projet de BV sera mis en place dans quatre classes de PIPSPA au sein de deux centres partenaires de villes d’accueil de réfugié.es (Québec et Victoriaville). L’engagement et le rapport à l’écrit des PIPSPA seront documentés au moyen d’observations de classe et d’entretiens individuels. Les nouvelles connaissances produites seront diffusées directement au milieu éducatif pouvant en bénéficier, dont les partenaires de la recherche et les instances ministérielles responsables du programme-cadre d’enseignement aux PIPSPA (en cours de conception).